Accueil Revues Revue Numéro Article

2001/1 (n° 2)


ALERTES EMAIL - REVUE L'Année balzacienne

Votre alerte a bien été prise en compte.

Tamaris Escarpins pepper Femme Tamaris Marron Escarpins Escarpins Marron Marron Femme pepper Tamaris Femme Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Femme Agoolar Femme Agoolar Femme Agoolar Agoolar Femme ICF6Wqw Pages 199 - 219 Article suivant
1

« Comment vivre ? » : telle est l’une des questions importantes posées par La Peau de chagrin, roman que l’on peut lire comme une vaste argumentation autour de la proposition de l’antiquaire. Dans une perspective quantitative (comment vivre longtemps ?), le vieillard préconise un sacrifice du « vouloir » et du « pouvoir » au profit du « savoir », choix présenté comme raisonnable, fondé sur la maîtrise du désir, des passions (le « vouloir »), et sur le renoncement à la jouissance des sens, au « mouvement » (le « pouvoir »), grands consommateurs d’une énergie qui pour chacun est comptée. La « moralité » initiale, saluant les Thélémites qui font durer leur peau en évitant les chagrins, semblait d’abord étayer cette position (sérieusement ?) [2][2]  « François Rabelais, docte et prude homme, bon Tourangeau,.... Elle disparaît dans la troisième édition, en 1833. Et comme le montre M. Roman, le principe même du roman philosophique consiste à déléguer à un personnage le rôle de défendre un principe, un système de pensée, pour éprouver celui-ci [3][3]  Dans son livre sur le roman philosophique hugolien,.... De fait, La Peau de chagrin ne cesse de mettre en question la position de l’antiquaire ; mais aussi, le roman nous oblige à nous interroger sur la valeur de celle que le vieillard condamne, position également quantitative puisqu’elle valorise la vie brève, mais intense. Le lecteur se trouve donc confronté à l’incessant balancement du pour et du contre, dans le cadre d’une mise en série de variantes illustratives des points de vue antagonistes. Ce balancement donne à l’œuvre sa tension – Héraclite en faisait une définition de la vie –, tension manifeste dans l’emploi constant de l’antithèse et de l’oxymore [4][4]  J.-L. Diaz a montré les enjeux esthétiques de cet.... Ce questionnement incessant, aporétique Mixte blue Bleu Adulte Mood Tongs Havaianas AqnxfSUYwz[5]  M. Roman souligne que « bien souvent, le dénouement..., a son envers, le renoncement à l’interrogation motivé par le doute qui entraîne un suspens du jugement au profit du scepticisme, du relativisme, sources d’éclectisme – « oui et non » : c’est la formule d’Émile (p. 119) –, ou de nihilisme sur le mode : si tout se vaut, rien ne vaut... Ainsi, entre une vie brève et jouisseuse et une vie longue et ascétique, il n’y a pas si grande différence dès lors que la mort est inévitable : « CARYMARY, CARYMARA », commente, lors de l’orgie, Raphaël, pour qui, alors, il n’y a qu’une variante de voyelle entre l’une et l’autre solution [6][6]  « Mais que nous vivions avec les sages [qui renoncent.... Pareille déclaration d’indifférence caractérise en particulier la génération « désenchantée » de la fin de la Restauration, et du début de la monarchie de Juillet. On peut considérer qu’elle menace la tension romanesque en dissolvant l’antithèse, de même que Maugredie, médecin sceptique, éclectique, éteint, lors de la consultation médicale, l’antagonisme de Brisset et Caméristus en conjuguant leurs deux diagnostics parce qu’il ne croit pas plus à l’un qu’à l’autre ; d’un autre côté, la position sceptique, désenchantée, nourrit le débat parce qu’elle ancre l’œuvre dans une situation socio-historique, parce qu’elle contextualise l’argumentation.

Tamaris Derb Oxfords Derb Oxfords Tamaris Tamaris wS7YHTqE
2

Aux différents aspects du questionnement, à son issue aporétique, contribue la représentation du corps, thème fondamental d’une œuvre où l’antiquaire conseille, pour faire durer sa « peau », d’économiser ses « sens », deux termes qui induisent deux types d’approche : une approche herméneutique, par déchiffrement de la surface, et une approche phénoménologique, au sens large du terme, par mise en avant de l’expérience des sens, du vécu. Comme réalité sentante et vécue, l’importance du corps dans le roman s’impose en ce que l’anathème porté par l’antiquaire et le père de Raphaël pèse lourdement sur la jouissance des sens, et en ce que le jeune homme, épouvanté, dans la troisième partie, de voir figuré par la Peau qui rétrécit le rétrécissement de son temps de vie, se replie sur le souci de sa conservation physique, à l’exclusion presque complète de toute préoccupation affective, religieuse, morale, ou métaphysique : on est loin de Mme de Mortsauf, de Véronique Graslin, et loin de Julien Sorel, acteurs d’expériences nobles de la confrontation avec la mort [7][7]  Parce que l’expérience corporelle prend pour lui une.... Le corps, ennemi ou trésor, est donc, pour lui en particulier, objet de grand souci. En tant qu’enveloppe, il donne matière à de nombreuses descriptions, ou à des commentaires. Or il résiste, il résiste à la connaissance ou la perturbe, et sur le plan de l’expérience, il est souvent fauteur de troubles ; il corse la vie et l’interrogation du roman philosophique sur elle. Le corps perturbateur ou les désordres du corps, tel est mon sujet, ainsi que la mise en perspective de sa représentation. À terme, cette réflexion devrait aider à mieux apprécier certains enjeux du roman.

3

Raphaël, visitant les trésors de l’antiquaire, est à plusieurs reprises présenté comme victime de son corps. Avant même de pénétrer dans les magasins, il fait l’expérience d’une « extase douloureuse », de « vertiges » dus, « sans doute », à l’ « irrégulière circulation de son sang » (p. 68) ; ces troubles se manifestent par une déformation de la perception : il « continua d’apercevoir les choses sous d’étranges couleurs, ou animées d’un léger mouvement [...] » (ibid.). Dans le magasin, donc, fatigué, fiévreux, affamé, il sort d’abord de la « vie réelle » en une extase exaltée, de type mystique (p. 70), puis rechute, et se laisse accabler par tout ce qu’il voit. Et les circonstances (la nuit tombe) contribuent à déformer, de nouveau, sa perception. Les tableaux et les statues s’animent : « Ce fut un mystérieux sabbat digne des fantaisies entrevues par le docteur Faust sur le Brocken » (p. 76). Balzac a de l’intérêt pour ces « phénomènes d’optique » (ibid.) ; M. Le Yaouanc les a relevés dans l’ensemble de l’œuvre balzacienne [8][8]  M. Le Yaouanc, Nosographie de l’humanité balzacienne,..., et toutes peuvent s’appréhender en fonction de l’ouvrage d’un médecin de l’époque, Brierre de Boismont, qui, en 1845, certes, mais dans le cadre d’une synthèse qui fait le bilan de travaux antérieurs (signes d’un intérêt alors répandu pour ces troubles), développe une description des différentes formes de l’illusion et de l’hallucination, en particulier selon leurs causes [9][9]  A. Brierre de Boismont, Des hallucinations ou histoire.... Fatigue, fièvre, faim constituent, entre autres, des causes clairement répertoriées, de même que l’obscurité. Il semble donc à Raphaël que les objets s’animent autour de lui en une danse inquiétante à la réalité de laquelle, cela dit, le narrateur ne veut pas nous faire croire (il en expose l’origine), et à laquelle le héros lui-même ne croit pas : il y a du Descartes en ce jeune homme qui doute de ses sens et des trompeuses illusions qu’ils délivrent [10][10]  À vrai dire, la référence à Descartes apparaît un.... Quoi qu’il en soit, cette danse macabre contribue à l’accablement de son esprit dominé par la pensée de la mort. Le corps, malmené, nuit donc à l’équilibre psychologique du sujet, ce qui pourrait donner raison au vieillard préconisant d’éviter tout excès, toute fatigue. Il faut, selon lui, réduire l’existence physique « au jeu naturel » des « organes » (p. 85).

4

Dans ces conditions, l’expérience de la débauche, bien sûr, est condamnée par lui, pour des raisons proprement individuelles de conservation de soi. Dans la scène de l’orgie [11][11]  Cette scène a été longuement étudiée par E. Rosen..., Balzac montre, en outre, qu’elle contribue à la destruction d’un modèle de civilisation fondé sur la discrétion du corps au profit de l’esprit censé s’exprimer dans une parole policée (c’est le modèle de la conversation), ou intellectuellement élaborée (c’est le modèle du dialogue philosophique). Chez le banquier Taillefer, les convives boivent beaucoup, et l’ivresse donne sa forme à l’échange : propos à l’emporte-pièce dilapidant l’héritage philosophique, moral, religieux et politique, interruptions intempestives par l’un des propos de l’autre, insultes, provocations vont bon train. Et ce corps, que la rhétorique de la conversation voulait sobre et discret, que la tradition philosophique prétendait domestiquer, s’impose aux regards : Nathan, par exemple, trop aviné pour soutenir l’effort de rester debout, « retomb[e] sur sa chaise », le « regard hébété », et c’est lui, sans doute, qui est au bord du vomissement quand Bixiou conseille à Émile de « prend[re] garde à son habit » car son « voisin pâlit » ; ce même Bixiou, louchant, donne à ses compagnons le spectacle d’une pantomime grotesque... (p. 105-106). Parce qu’ils ont trop mangé, trop bu, les convives ont l’air de bêtes : « Les ressemblances animales inscrites sur les figures humaines, et si curieusement démontrées par les physiologistes, reparaissaient vaguement dans les gestes, dans les habitudes du corps » (p. 107). Le corps provoque une régression intellectuelle et morale, une « dé-civilisation », pour reprendre une notion de N. Elias. Pis encore, la Mort plane, au petit matin, sur les décombres de la saturnale : « Vous eussiez dit la Mort souriant au milieu d’une famille pestiférée » (p. 206). « Mais c’est le même que Hadès et Dionysos, celui pour qui il délirent et mènent la bacchanale », écrivait Héraclite [12][12]  Héraclite, Fragments, texte établi, traduit et commenté....

5

Voilà qui, décidément, donne raison à l’antiquaire. Le corps perturbateur, transgressif, semble de trop dans ces passages. Ne l’est-il pas même pour la belle Pauline ? Certes, le roman en offre plusieurs prosopographies élogieuses, et sa beauté, enfin parée du luxe, inspire à Raphaël une passion dont les manifestations physiques – « cris », « soupirs » (p. 153) – sont censées dire, c’est une position rousseauiste, la vérité [13][13]  Ph. Dufour remarque à propos d’Eugénie Grandet : «.... Mais dans l’épilogue, celle qui, à sa manière désintéressée et pure, bien distincte de celle d’Aquilina, comme celle-ci toutefois valorise la dépense de soi (dans un amour vrai, et non dans le plaisir effréné Old Femme Rose mesh Vans Skool suede Lite Baskets gqwqdAx[14]  Aquilina disait : « D’ailleurs nous vivons plus en...), semble délivrée de ce corps trop désirable, puisque fatal à Raphaël :

« — Mais Pauline ?

— Vous n’y êtes pas ? je recommence. Place ! place ! Elle arrive, la voici la reine des illusions, la femme qui passe comme un baiser, la femme vive comme un éclair, comme lui jaillie brûlante du ciel, l’être incréé, tout esprit, tout amour. Elle a revêtu je ne sais quel corps de flamme, ou pour elle la flamme s’est un moment animée ! Les lignes de ses formes sont d’une pureté qui vous dit qu’elle vient du ciel » (p. 293).

6

Toutefois, si l’on adopte un point de vue esthétique, on voit qu’il y a une poésie de la débauche. Elle s’incarne notamment en Aquilina, décrite dans un tableau dont G. Poncin-Bar a souligné le mouvement, comme en une œuvre de Delacroix Aisun Noeud Aisun Anti Chic Femme Chic Anti Noeud Femme Aisun Femme RHdqwAw[15]  G. Poncin-Bar, « Fragments d’un discours poétique.... Cette poésie de la débauche se trouve, dans la description, rattachée à Shakespeare ; le portrait se caractérise par l’excès et de « vigoureux contrastes » (p. 111), et le personnage tient au sublime par la grandeur des formes – « C’était une statue colossale » (p. 112) –, par l’intensité de l’émotion qu’il inspire – il est d’une « foudroyante beauté » (ibid.) –, et par sa valeur morale négative – la jeune femme est l’ « âme du vice » (p. 114). Raphaël lui-même fera l’apologie de la débauche, dans une perspective qui, a posteriori, rappelle Baudelaire. La pratique approfondie de la « dissolution » manifeste un sens de l’infini : « La débauche est certainement un art comme la poésie, et veut des âmes fortes. [...] La pensée de l’infini existe peut-être dans ces précipices [...] » (p. 196). L’ivresse, en particulier, est associée à l’expérience mystique : « Enfin la débauche est sans doute au corps ce que sont à l’âme les plaisirs mystiques. L’ivresse vous plonge en des rêves dont les fantasmagories sont aussi curieuses que peuvent l’être celles de l’extase » (p. 197) [16][16]  Brierre de Boismont aussi parle avec intérêt des «.... Par ailleurs, il y a même dans l’ébriété avancée des participants à l’orgie une drôlerie inventive, ludique, toute rabelaisienne, qui n’est pas sans poésie parce que les mots y deviennent des choses avec lesquelles on joue, ce que les personnages soulignent eux-mêmes : « Kant, monsieur. Encore un ballon lancé pour amuser les niais ! Le matérialisme et le spiritualisme sont deux jolies raquettes avec lesquelles des charlatans en robe font aller le même volant » (p. 106). Une forme de poésie gît donc dans les expériences limites du corps. Nombreux sont les auteurs qui, au XIXe et au XXe siècle, s’y intéresseront après Balzac.

7

Le « jeu naturel des organes » auquel l’antiquaire propose de réduire la vie physique paraît alors bien pauvre. Toutefois, à Raphaël qui, avant d’avoir rencontré le vieillard, en a fait le choix, puisque dans sa chambre de penseur désargenté il se nourrit d’un peu de pain, de lait et de charcuterie et s’interdit tout plaisir, abstinence et continence permettent une expérience d’une grande qualité poétique. Le contemplatif détaché qui regarde les toits de Paris, perçoit dans le prosaïque urbain – « ardoises », « tuiles », « mousses », « gouttières »... (p. 135) –, les infimes différences – « les fumées de chaque cheminée » (p. 136) – d’où surgissent les fabuleuses ressemblances : les toits deviennent un « océan de vagues immobiles », des « savanes »... C’est, pour Raphaël, une nouvelle forme de l’extase, dont G. Poncin-Bar a souligné la chute [17][17]  G. Poncin-Bar, art. cité, p. 36. : « Il est fatigant de retrouver brusquement le monde quand nous descendons des hauteurs célestes où nous entraînent les méditations scientifiques [...] » (p. 136). Cette poésie de l’ordinaire – « [...] d’abord cette vue me parut monotone » (p. 135) – auquel la qualité d’un regard attentif – « j’admirais », « j’étudiais » (ibid.) – donne son caractère extraordinaire, n’est pas moins poétique que la poésie excessive et shakespearienne, ou bouffonne et rabelaisienne, que l’on a évoquée plus haut ; elle est peut-être même plus moderne en tant qu’art de la transfiguration du banal urbain. Les auteurs postérieurs, dont Baudelaire, donneront à celui-ci son plein épanouissement.

8

Mais la vie d’ascète que mène alors Raphaël, cette réduction de la vie physique au « jeu naturel des organes » est-elle si naturelle ? Est-elle sagesse ou folie, santé ou maladie ? Le jeune homme évoquant a posteriori cette époque de sa vie parle de « mensonge », et souligne que ce qu’il s’était alors imposé était sinon contre nature, au moins contre sa nature, « gourmand[e] », voyageuse, « bavard[e] », fondamentalement préoccupée de la femme... (p. 139). Cette nature reprend ses droits, elle triomphe de sa volonté quand il cède à ses fantasmes tel un moine acediosus. Le jeune homme semble souffrir d’evagatio mentis : cette expérience affectait, selon les Pères de l’Église, les moines victimes d’acédie, état mental soigneusement décrit par eux, et que la phénoménologie de la mélancolie, dont la pensée souche est humorale, a annexé, au Moyen Âge, au prix d’une réduction. Car l’acédie a été ramenée à la paresse, alors qu’elle consistait, au départ, en une « aversion pour les biens spirituels » des solitaires qui se consacrent à Dieu, aversion qui se manifeste par une agitation du corps et de l’esprit traversé de désirs contraires aux devoirs religieux, et en particulier de fantasmes érotiques [18][18]  Sur la question de la mélancolie, voir R. Klibansky,.... Raphaël, nouveau saint Antoine détourné de l’étude, est un « mauvais moine » ; il est victime de tentations en lesquelles se manifeste le désir irrépressible de la jouissance sensuelle :

« Parfois mes goûts naturels se réveillaient comme un incendie longtemps couvé. Par une sorte de mirage ou de calenture, moi, veuf de toutes les femmes que je désirais, dénué de tout et logé dans une mansarde d’artiste, je me voyais alors entouré de maîtresses ravissantes ! Je courais à travers les rues de Paris, couché sur les moelleux coussins d’un brillant équipage ! J’étais rongé de vices, plongé dans la débauche, voulant tout, ayant tout ; enfin ivre à jeun, comme saint Antoine dans sa tentation. Heureusement le sommeil finissait par éteindre ces visions dévorantes [...] » (p. 139).

9

Lorsque Raphaël, s’efforçant d’oublier Fœdora par un retour à l’étude et à la vie ascétique, se trouve obsédé par l’image de la jeune femme au point de ne pouvoir travailler, la notion d’acédie, encore pertinente à cause de la référence aux « anachorètes de la Thébaïde » et à la mortification évoquée par « la ceinture armée de pointes » (p. 190-191), n’est sans doute pas suffisante pour rendre compte de son état ; le terme de « monomanie », notion chère à Esquirol [19][19]  Voir J. Goldstein, Consoler et classifier. L’essor..., met sans doute mieux en valeur le phénomène de l’idée fixe, et de l’énergie travailleuse acharnée qui se déploie pour lutter contre elle : « Vous vous tuez », lui dit Pauline (p. 191). C’est de « monomanie » que parlera Brisset, dans la troisième partie, pour caractériser l’état maladif de Raphaël acculé à l’économie de soi par la peau de chagrin (car on cherche le mot juste pour ce « chagrin »...), mal dont il situe l’origine dans l’ « épigastre » (p. 259).

10

Il faut dire que ce médecin du roman a une conception proprement organique de l’être humain, conception qui s’oppose à celle de Caméristus, spiritualiste. De fait, parler du « jeu naturel des organes », distinguer les « sens », le « cœur » et le « cerveau », valoriser ce dernier ou l’ « épigastre », voilà qui engage une anthropologie, implique une conception de l’homme. Parce qu’il est source des désordres de l’esprit, le corps est fondamental pour Brisset, qui, au moment où Raphaël terrorisé par la Peau, cherche à épargner ses forces vitales, conclut donc à une « monomanie » provoquée par une réaction de l’estomac sur le cerveau (p. 260), en se fondant notamment sur les « symptômes de la face et du corps » (p. 259) – J. Goldstein précise qu’à l’époque le diagnostic psychiatrique était largement tributaire de la physiognomonie, ce qu’attestent les portraits commandés par Georget, psychiatre, à Géricault [20][20]  J. Goldstein, op. cit., p. 211. Il précise encore :.... On remarque toutefois qu’à Raphaël, possesseur accablé du talisman, semble manquer l’excitation qui caractérise la monomanie, selon la symptomatologie définie notamment par Esquirol [21][21]  J. Goldstein, op. cit., p. 215-216., excitation fiévreuse que l’on pouvait voir au moins dans l’acharnement au travail du jeune homme luttant contre la pensée de Fœdora. En revanche, dans la description de Raphaël apparemment en proie à une « extrême mélancolie », on perçoit des échos de la tradition humorale : dans l’évocation du « corps affaissé », de son « attitude maladive », du « visage pâle comme une fleur étiolée » (p. 216). Mais il est vrai que « toute la vie semblait s’être retirée dans [s]es yeux », réflecteurs d’un combat pour la définition duquel le romancier énumère plusieurs comparants : l’ « impuissant », l’ « avare », « Prométhée enchaîné », « Napoléon déchu », le « conquérant » et le « damné », Raphaël lui-même à l’heure de la tentation du suicide, Origène (p. 216-217). Balzac cherche le meilleur modèle de description, proposant, en dehors de la lecture physio-psychologique (un homme très affaibli qui essaie de se préserver en renonçant au désir et au plaisir), au moins deux autres lectures du roman : une lecture mythologique (un homme coupable d’ « hubris » qui doit en payer le prix), et une lecture socio-historique (un homme doué victime d’une société qui le contraint au suicide, ou au jeu, ou à la maladie et à l’automutilation) [22]Femme Gris Dream Sde Funny Grey Clarks dark Derby 7nzwtRT[22]  Si le talisman donne à Raphaël le même regard qu’il..., toutes les références utilisées faisant valoir un conflit du pouvoir et du vouloir. Cette « lutte » (ibid.) avec le talisman, soit avec ses désirs [23][23]  « Toutes les jouissances de la vie se jouent autour..., est devenue une préoccupation exclusive pour Raphaël, qui se castre et se frustre pour ne pas mourir :

« Il soumettait sa volonté, son intelligence, au grossier bon sens d’un vieux paysan à peine civilisé par une domesticité de cinquante années. Presque joyeux de devenir une sorte d’automate, il abdiquait la vie pour vivre, et dépouillait son âme de toutes les poésies du désir. Pour mieux lutter avec la cruelle puissance dont il avait accepté le défi, il s’était fait chaste à la manière d’Origène, en châtrant son imagination » (p. 217).

11

Parce que la lutte est âpre et que le jeune homme se consacre à elle avec une tension dont la moindre contrariété montre la fureur, le terme de monomanie, toujours dans une approche médicale, n’est peut-être pas si déplacé, d’autant que Géricault nous invitait à chercher surtout dans les yeux la folie de ses personnages.

12

Selon Caméristus, le corps, en revanche, n’est pas l’essentiel ; il ne s’impose même pas à son attention puisque le médecin rêve tandis que Bianchon fait la liste des symptômes qu’il a remarqués (p. 258). Pour lui le cerveau compte davantage ; il n’est toutefois rien sans « l’étincelle divine, l’intelligence transitoire qui sert comme de lien à la machine et qui produit la volonté » (p. 260). « Allons chercher la cause du mal dans les entrailles de l’âme et non dans les entrailles du corps ! », insiste-t-il (p. 261).

13

Quoi qu’il en soit, aucune de ces représentations n’est, lors de la consultation, présentée comme suffisante, ce qui réduit la portée de la lecture physio-psychologique. Elles sont dualistes, et se distinguent en cela de la vision tripartite que propose au début du roman l’antiquaire, vision qui, par la suite, n’est pas remise en cause et paraît même confortée par la déclaration œcuménique de Bianchon conciliant les points de vue de l’organiciste, du spiritualiste et du sceptique Maugredie : « Ils sont logiques [...]. Caméristus sent, Brisset examine, Maugredie doute. L’homme n’a-t-il pas une âme, un corps et une raison ? » (p. 263). Bianchon justifie chaque médecin, mais il souligne les limites de toute médecine et conseille : « Le mieux est et sera toujours de se confier à la nature » (ibid.).

14

Veut-il, comme l’antiquaire, parler du « jeu naturel des organes », duquel dépendraient, malgré tout, sagesse et santé ? « Tâche donc de vivre sagement », dit-il à Raphaël (ibid.). Ou parle-t-il du milieu naturel ? Raphaël comprend les deux, puisqu’au Mont-Dore, en particulier, il s’essaie à une vie tranquille et plus que tranquille : « Là, il restait des journées entières comme une plante au soleil, comme un lièvre au gîte » (p. 282). Le jeune homme veut se fondre dans l’environnement sous le charme duquel il est tombé. Et il ne s’agit pas seulement de vivre une expérience rousseauiste d’accord avec la nature [24][24]  A. Vanoncini parle des « sentiers poussiéreux du mythe..., ni seulement de régresser à l’état d’animal ou de plante, mais d’expérimenter l’universelle analogie dont parle une antique tradition philosophique, d’entrer en sympathie avec « la terre animée », « être immense », grand animal « qui agissait, pensait, marchait, grandissait, et avec lequel il voulait grandir, marcher, penser, agir » (ibid.). Raphaël semble obscurément inspiré par une très ancienne vision de l’homme microcosme et de l’univers macrocosme, pensée élaborée dans l’Antiquité, réactivée à la Renaissance, et de nouveau bien vivante pour le courant illuministe – le narrateur parle d’ailleurs de « mystérieux illuminisme » (ibid.). Peine perdue... C’est l’homme qui chasse de la nature Raphaël, animal urbain. Pour revenir à Rousseau, la nature humaine à l’état naturel (s’agissait-il d’elle dans le propos de Bianchon ?) devient insupportable au héros : « Il n’avait pas songé sans doute à la franchise des sentiments naturels, quand il désira se rapprocher de la nature » (p. 285).

15

Les préceptes de l’antiquaire sont-ils donc applicables ? Sont-ils même dignes d’estime ? Le corps du personnage rend sa doctrine suspecte, en effet... Son portrait montre le caractère indécidable, sur le plan moral, de sa personne, et par extension de sa « philosophie ». Car ce corps pourrait être considéré, d’autres l’ont vu, comme l’incarnation de la doctrine, comme une allégorie : ce corps « sec et maigre » (p. 77), sans chair, sans couleur, ce corps d’ascète dit manifestement le renoncement au plaisir des sens ; loin de la tradition du visage des passions, sa figure dit l’impassibilité, l’absence de tout mouvement du cœur ; s’y exprime, en revanche, le savoir, non le désir de savoir, mais le savoir acquis, accumulé, et l’aptitude à l’acquérir : sur sa « face froide », « vous [...] auriez lu la tranquillité lucide d’un Dieu qui voit tout, ou la force orgueilleuse d’un homme qui a tout vu » (p. 78). Mais le personnage est ambigu sur le plan moral, ce qui trouble le sens des apparences et l’expression allégorique : le vieillard tient aussi bien de Dieu que du Diable, du « Père Éternel » par la « suprême puissance » de son front que de « Méphistophélès » par « de sinistres railleries sur la bouche » (ibid.). Il est vrai qu’une allégorie peut être énigmatique [25][25]  « Les énigmes sont aussi une espèce d’allégorie [...]...., et qu’il y a une réduction de l’ambiguïté dans le second portrait, où apparaît une nouvelle version du vieillard en vieux beau grimé : seule reste la référence à Méphistophélès dans le portrait de cet homme désormais converti à l’amour, conformément au souhait lancé contre lui par Raphaël (p. 222). Que penser, toutefois, d’un diable victime de son talisman ? Certes, il est question, dans Faust, de la limitation des pouvoirs infernaux. Mais si l’antiquaire est décidément une figure diabolique, il n’est pas moralement défendable !

Cuir Noir Nike Lunarpath Homme Bottes Pour En Etw rrIpw0q

Quant à Fœdora, avatar du vieillard par son renoncement complet à la passion, à l’expérience érotique, par le fait qu’elle vive encore (elle a la peau dure !) quand Pauline est morte, ou disparue, elle est aussi l’occasion d’une mise en question de la doctrine de l’économie de soi, et l’occasion d’une pratique altérée de l’allégorie. À cette figure, ce personnage se rattache en effet, on l’a déjà montré [26][26]  R. Borderie, « Avant-propos » de L’Allégorie, La Lecture..., par le commentaire final : « [...] c’est si vous voulez, la Société », et l’idée que la jeune femme est une incarnation de celle-ci est ailleurs confirmée et précisée, par exemple lorsque le narrateur la compare au « petit monde » des eaux d’Aix, lui-même emblématique de « la haute société » dont la jeune femme est « le type complet » (p. 266). De l’allégorie, le personnage tient encore par les motifs récurrents à son propos de la statue, du froid, du voile, de l’énigme, et par sa dualité [27][27]  « Pour expliquer plus clairement ma pensée, il y avait..., qui implique altérité, si du moins l’on veut souligner que dans le mot Escarpins Marron pepper pepper Femme Tamaris Femme Marron Escarpins Tamaris Tamaris Femme Escarpins Marron allégorie l’altérité est inscrite (dans Le MasqueTeresa Dr Dr Noir Noir Martens Teresa Kensington Kensington Martens Izq6qwx0C, Baudelaire jouera doublement sur celle-ci, en proposant une statue allégorique, à deux visages). On peut donc lire allégoriquement le portrait, et par exemple interpréter autrement que Raphaël le mot « dureté », utilisé par lui comme une appréciation esthétique – « Une rivale aurait peut-être accusé de dureté d’épais sourcils qui paraissaient se rejoindre [...] » (p. 151) –, en y voyant une interprétation morale conforme au titre de la partie « La Femme sans cœur » ; ou encore, et là s’altèrent quelque peu les principes de l’interprétation allégorique, ne recherchant pas le sens métaphorique de « orangée » (couleur des yeux de Fœdora) et de « Florence » (ces yeux sont « mêlés de veines comme une pierre de Florence »), on peut, à la suite de J. Jallat [28][28]  J. Jallat, « Fœdora ou le corps de l’autre », dans..., retenir « or » dans le signifiant, faire valoir la présence d’un motif essentiel de l’œuvre, le maître mot de la société, motif en fonction duquel on redonnera à « richesses » et « riche » (les « richesses féminines » de Fœdora), métaphoriques dans la bouche de Raphaël, leur valeur littérale, restitution paradoxale du sens premier quand il s’agit de trouver le sens second (ibid.). Mais encore, les ambiguïtés du point de vue perturbent la lecture. On ne sait comment interpréter, en effet, ces commentaires de Raphaël : « Il fallait une observation aussi sagace que la mienne pour découvrir dans cette nature les signes d’une destinée de volupté. [...] Enfin, ou ma science était imparfaite, et j’avais encore bien des secrets à découvrir dans le monde moral, ou la comtesse possédait une belle âme [...] » (ibid.). Soit le narrateur, Raphaël, partage encore les illusions du personnage qu’il fut, lors de la rencontre dont le récit sert de prétexte au portrait ; soit, contre toute attente, il faut tenir pour des vérités ce qu’il énonce ; soit, ayant perdu ses croyances, Raphaël fait comme s’il les avait encore, dans un discours indirect libre discret visant à soutenir l’intérêt ; soit il ironise contre lui-même, avec lui-même et le lecteur... L’allégorie s’obscurcit de tant être mêlée au récit ! Fœdora, vue par le jeune homme, est vraiment donnée pour une énigme, mais pour une énigme sans clé : c’est une statue dont les voiles indéfiniment se renouvellent sans rien dévoiler, car Raphaël, à plusieurs reprises, croit enfin avoir compris le personnage, en vain. Figure du « prestige » (p. 224), de l’illusion, Fœdora est significativement associée au théâtre. On pourrait donc l’opposer, comme paradigme de la femme fatale, belle mais vide, corps « sans cœur », à Socrate, paradigme de la sagesse, dont la laideur cache des trésors ; ce serait aussi opposer deux pratiques de l’allégorie dont l’une vise, selon le prologue de Gargantua (où Rabelais est peut-être ironique...) la plénitude du sens, et l’autre son évidement. Fœdora est encore une nouvelle version de Narcisse quand, « spectacle dans le spectacle » (p. 174), elle se satisfait que son corps soit l’objet de tous les regards. C’est donc en tant qu’elle est vide et avide de miroirs qu’elle dit quelque chose sur la société.

17

La Peau de chagrin serait donc le procès de celle-ci : on vient à la lecture socio-historique. De fait, la société, en la personne de Foedora, expose Raphaël à des séductions révoltantes parce qu’assorties de frustrations implacables et douloureuses ; et dès avant sa rencontre, le jeune homme, parce qu’il a du talent mais pas le sou, se voit contraint à un régime de vie inhumain, régime auquel il n’aura pas la force de se tenir, abandonnant ainsi sa carrière de penseur et de poète. Mais si le Raphaël italien, en tant qu’artiste, peut être considéré comme l’horizon auquel, du fait de son nom même, le personnage aurait dû être fidèle, on se rappelle qu’à la Renaissance le mécénat devait permettre aux hommes talentueux d’exercer leurs dons dans de bonnes conditions matérielles ; ce n’est pas le cas dans la société de 1830 : « Mort, il valait cinquante francs, mais vivant il n’était qu’un homme de talent sans protecteurs, sans amis, sans paillasse, sans tambour, un véritable zéro social, inutile à l’État, qui n’en avait aucun souci » (p. 66). Tout le malheur du héros lui vient peut-être de n’avoir pas su rester dans sa chambre ; mais la société serait coupable de ne lui avoir pas donné les moyens d’en sortir, et les tempêtes fantasmatiques qui se déchaînent en lui seraient la révolte contre celle-ci d’un corps brimé, la révolte de la nature contre les contraintes d’un état de civilisation qui, à l’homme de talent démuni, laisse le choix entre renoncement, partiel ou total (le suicide), et dépense grâce au jeu, aux dettes, au Marron Femme pepper Marron Femme Tamaris Tamaris Escarpins Tamaris Femme pepper Escarpins Marron Escarpins « Système dissipationnel » (p. 192).

18

L’artiste italien vivait, de plus, dans un temps de croyance, ce que rappelle le corps du Christ représenté par lui. Ce corps lumineux signifie par tous ses traits la parole évangélique [29]El Aisun Femme Aisun Femme Aisun El Femme Aisun El El Femme Aisun 8FTffq ; sur le plan herméneutique, le régime de la signification est simple et limpide : « L’Évangile était traduit par la simplicité calme de ces adorables yeux où se réfugiaient les âmes troublées. Enfin la religion catholique se lisait tout entière en un suave et magnifique sourire qui semblait exprimer ce précepte où elle se résume : Aimez-vous les uns les autres ! » (p. 80). Mais il paraît au bout du compte inactuel parce que réveillant la mémoire – « [...] l’œuvre de Raphaël vous jetait sous le charme impérieux des souvenirs [...] » (ibid.) ; de même, pour le jeune homme, sa foi appartient à son enfance, au « paradis de la jeunesse » (p. 92).

5 Adidas Cp9678 Adv W Eqt Femme Eu 40 Racing rC04xBrwq

Ainsi, la question principale que pose le roman n’est peut-être pas celle que l’on a dite, mais : qu’est-ce qu’une société dont la communauté de croyance s’est effondrée [30][30]  On lit au début du roman : « Le journalisme, vois-tu,... ? que devient l’individu dans une pareille société ? Et par communauté de croyance, on n’entend pas seulement la religion, quoique la présence du « lien » dans le mot (religare) indique suffisamment son rôle de ciment social, quoique Raphaël soit d’emblée présentée comme « un ange sans rayons » (p. 62), et que le tableau du Christ soit significativement recouvert de pièces d’or : le veau d’or a triomphé ; en d’autres termes, un modèle de société marchande et bourgeoise s’est imposé au point de tenir l’or pour un équivalent universel, un équivalent des biens matériels, affectifs, et intellectuels De 000 Superstar Chaussures Femme Adidas Fitness W naranja Orange FBZwfxqtxP[31]  Son ami parle à Raphaël, au début du roman, d’un «.... Mais encore, le ciment social, ce pourrait être aussi la « doxa » sur laquelle se fonde l’art du langage formalisé par la rhétorique : il est significatif que celui-ci s’altère dans la pratique de l’allégorie, et dans la pratique du dialogue lors de l’orgie, où s’opère le sac des valeurs religieuses, morales, philosophiques, politiques, et que Fœdora se moque de Raphaël livrant ses sentiments en appelant par dérision « plaidoyers » ses propos, et « péroraison » ses derniers mots (p. 190). Car tel serait, peut-être, le « corps » de l’Étude philosophique : une réflexion sur ce qui fonde une société, une interrogation, poursuivie dans La Comédie humaine, et au-delà jusque dans la littérature immédiatement contemporaine, sur le devenir d’une société dont s’effrite le lien de la croyance, et sur la place et le destin de l’individu dans un pareil contexte. Cet individu, en effet, sans repères, sans valeurs partagées, se trouve ramené d’abord à ce qu’il a de plus proche, sa peau, ses sens, son corps (c’est à lui que se fie Thomas, qui doute, dans les Évangiles) ; il est d’abord préoccupé par le désir de vivre longtemps (comment ne pas mourir ?), ou intensément (comment vivre plus ?) – aspiration individuelle qui peut elle-même fédérer contre les gêneurs : on le voit aux eaux d’Aix, où la petite société de nantis éprise de son confort fait alliance pour évincer le sombre et dérangeant Raphaël. Le surnaturel de la Peau et les expériences hallucinatoires multipliées viendraient donc exhiber et ironiquement déranger l’incroyance :

« Quoi ! s’écria Raphaël quand il fut seul, dans un siècle de lumières où nous avons appris que les diamants sont les cristaux du carbone, à une époque où tout s’explique, où la police traduirait un nouveau Messie devant les tribunaux et soumettrait ses miracles à l’Académie des Sciences, dans un temps où nous ne croyons plus qu’aux paraphes des notaires, je croirais, moi ! à une espèce de Mané, Thekel, Pharès ? » (p. 237).

20

Il n’est pas sûr, cela dit, que Balzac éprouve le regret d’une société bien soudée par la croyance, puisque, par la voix de Philarète Chasles, il salue en Rabelais celui qui a su renverser l’allégorie stérilisée par le « spiritualisme » chrétien, ce renversement s’opérant par une franche mise en avant du corps ( « Messer Gaster » ) [32][32]  Voir l’ « Introduction », par Philarète Chasles, aux... associée à une pensée sceptique, l’un et l’autre triomphant lors du banquet chez Taillefer pour l’évocation duquel la référence rabelaisienne est décisive [33][33]  Déjà, l’ami que Raphaël rencontre en sortant de chez.... Car Rabelais est celui que l’on loue pour avoir donné l’élan à un mouvement dont le caractère délétère est montré lors de l’orgie...

21

Contradiction qui donne à penser – il n’y a pas de société idéale –, sans conclure ; d’autant que la société n’est décidément pas seule en cause. Raphaël, riche, comblé matériellement et affectivement, mais malade et accablé par le rétrécissement du talisman, devient par-dessus tout soucieux de sauver sa peau, et cède à un égoïsme aussi grand que celui de Fœdora, aussi grand que celui des curistes, que celui des nantis en général [34][34]  Aux eaux d’Aix, Raphaël se trouve en butte à l’hostilité.... Tel est son projet au Mont-Dore :

« Devenir une des huîtres de ce rocher, sauver son écaille pour quelques jours de plus en engourdissant la mort, fut pour lui l’archétype de la morale individuelle, la véritable formule de l’existence humaine, le beau idéal de la vie, la seule vie, la vraie vie. Il lui vint au cœur une profonde pensée d’égoïsme où s’engloutit l’univers. À ses yeux, il n’y eut plus d’univers, l’univers passa tout en lui. Pour les malades, le monde commence au chevet et finit au pied de leur lit. Ce paysage fut le lit de Raphaël » (p. 281).

22

Et ce n’est pas le moindre intérêt du roman, de cette fable sur l’égoïsme individuel et social qu’il est aussi, que de confronter à la maladie et à la mort un héros sans héroïsme, trait qui affaiblit la pertinence de la lecture mythologique quand une lecture morale semble de nouveau sollicitée.

23

On peut aussi songer à une lecture poéticienne, car le romancier éclaire en son personnage l’homme ordinaire par une Peau extraordinaire, fait valoir le réalisme par le fantastique ; esquissant un roman de formation qui avorte aussitôt, Balzac donne au jeune homme la brutale conscience de son manque de grandeur, ou de son manque de maturité, selon le point de vue de L. Rudich Red 10 Stretch Cm Blue Gym Femme Short Blue gym Pour Nike Rival solar qpXn64BwB7[35]  L. Rudich, « Une interprétation de La Peau de chagrin.... Raphaël, qui d’emblée, au jeu, se montre incapable d’un pari [36][36]  La notion de pari peut nous renvoyer à Pascal, dont... parce qu’il ne calcule pas les risques, qui n’arrive pas à bien « régler » (p. 84) ses « souhaits sur [s]a vie », serait un héros trop petit. De là pourrait venir en bonne part son chagrin :

« Il pensa tout à coup que la possession du pouvoir, quelque immense qu’il pût être, ne donnait pas la science de s’en servir. Le sceptre est un jouet pour un enfant, une hache pour Richelieu, et pour Napoléon un levier à faire pencher le monde. Le pouvoir nous laisse tels que nous sommes et ne grandit que les grands. Raphaël avait pu tout faire, il n’avait rien fait » (p. 276).

24

La mise en évidence d’un manque chez Raphaël (ce roman philosophique n’est pas un roman romanesque), d’un manque, dans le récit, d’un apprentissage (ce n’est pas un roman de formation), suggère que l’absence de solution sur laquelle nous laisse cette œuvre doit être tenue pour une étape, non une impasse. De fait, Balzac proposera à notre admiration d’autres choix de vie assortis d’une vision sociale : celui de l’homme supérieur qui vit en bandit (Jacques Collin), de l’homme supérieur qui vit en cénacle (D’Arthez), de l’homme supérieur qui vit en bienfaiteur (Bénassis)... La liste n’est pas close, et La Comédie humaine est inachevée.

Notes

Ride Sport Black W Femme blck De Mobium omphalodes Chaussures Noir Puma UPpRqwn5W

Les références à La Peau de chagrin, données au fil du texte, renvoient au tome X de La Comédie humaine dans l’édition de la Pléiade.

[2]

« François Rabelais, docte et prude homme, bon Tourangeau, Chinonnais de plus, a dit : / Les Thélémites estre grands mesnagiers de leur peau et sobres de chagrins. / Admirable maxime ! — Insouciante ! — Égoïste ! — Morale éternelle !... » (Pl., t. X, p. 1351, var. i de la p. 294).

[3]

Dans son livre sur le roman philosophique hugolien, très éclairant aussi pour les Études philosophiques de Balzac, M. Roman propose, en conclusion, une poétique du genre ; elle écrit notamment : « Le philosophe sera souvent un anti-philosophe, qui possède un discours tout prêt sur le monde, et verra au cours du roman ses convictions fragilisées ou démenties. [...] Tel est le cas aussi du vieil antiquaire de La Peau de chagrin qui, pour avoir énoncé avec sagesse la loi balzacienne du désir, n’en conservera pas pour autant sa position de sage retiré du monde. À travers le personnage du philosophe, le romancier remet en cause une philosophie donnée (le cas échéant dans une visée polémique), ou du moins interroge le degré d’adéquation et de résistance du discours et du savoir face à l’expérience » (Victor Hugo et le roman philosophique. Du « drame dans les faits » au « drame dans les idées », Paris, H. Champion, 1999, p. 768).

[4]

J.-L. Diaz a montré les enjeux esthétiques de cet emploi dans « Esthétique balzacienne : l’économie, la dépense et l’oxymore », dans Balzac et « La Peau de chagrin », études réunies par Claude Duchet, SEDES, 1979, p. 161-177.

[5]

M. Roman souligne que « bien souvent, le dénouement [du roman philosophique] ne dénoue rien, il reporte et dérive » (op. cit., p. 769).

[6]

« Mais que nous vivions avec les sages [qui renoncent au “vouloir” et au “pouvoir”] ou que nous périssions avec les fous, le résultat n’est-il pas tôt ou tard le même ? Aussi le grand abstracteur de quintessence a-t-il jadis exprimé ces deux systèmes en deux mots : CARYMARY, CARYMARA » (p. 119).

[7]

Parce que l’expérience corporelle prend pour lui une grande importance, Raphaël, confronté à sa mort, pourrait être rapproché du condamné de Hugo qui vit ses derniers jours.

[8]

pepper Escarpins Tamaris Tamaris Marron Tamaris Femme Marron pepper Femme Escarpins Femme Marron Escarpins M. Le Yaouanc, Nosographie de l’humanité balzacienne, Librairie Maloine, Paris, 1959, p. 307 et s. M. Bardèche, dans Balzac, romancier. La Formation de l’art du roman chez Balzac jusqu’à la publication du « Père Goriot » (1820-1835) avait remarqué déjà les descriptions déformantes dans l’œuvre de Balzac (Paris, Plon, 1940, p. 327 et s.).

[9]

A. Brierre de Boismont, Des hallucinations ou histoire raisonnée des apparitions, des visions, des songes, de l’extase, des rêves, du magnétisme et du somnambulisme (1845), 3e éd., Paris, Germer Baillière, 1862.

[10]

À vrai dire, la référence à Descartes apparaît un peu plus loin, au moment où apparaît l’antiquaire, au caractère surnaturel duquel tout donne à croire, sauf l’expression des yeux, et le « doute philosophique » semble alors porter sur le caractère naturel du vieillard plutôt que sur son caractère surnaturel : « La singulière jeunesse qui animait les yeux immobiles de cette espèce de fantôme empêchait l’inconnu de croire à des effets surnaturels ; néanmoins, pendant le rapide intervalle qui sépara sa vie somnambulique de sa vie réelle, il demeura dans le doute philosophique recommandé par Descartes, et fut alors, malgré lui, sous la puissance de ces inexplicables hallucinations dont les mystères sont condamnés par notre fierté ou que notre science impuissante tâche en vain d’analyser » (p. 77).

Confortable Aisun Talons Moyens Escarpins Femme Pointues Gris Bloc fxBAp

Cette scène a été longuement étudiée par E. Rosen dans « Le festin de Taillefer ou les saturnales de la monarchie de Juillet », dans Balzac et « La Peau de chagrin », op. cit., p. 115-126. Je tire aussi parti de mon article : « “Polylogues” balzaciens », dans « Balzacien ». Styles des Imaginaires, Eidôlon, études réunies et présentées par É. Bordas, Université Michel de Montaigne, Bordeaux III, 1999, p. 55-76.

[12]

Héraclite, Fragments, texte établi, traduit et commenté par Marcel Conche, Paris, PUF, 1986, p. 157.

[13]

Ph. Dufour remarque à propos d’Eugénie Grandet : « Le langage amoureux se fonde sur des codes de substitution : il peut se passer des mots, parce qu’il dispose d’autres signes, ici la voix, là le regard. [...] Rousseau le dit dans le premier chapitre de l’Essai sur l’origine des langues : l’amour répugne à la parole, “il a des manières plus vives de s’exprimer” » (« Les avatars du langage dans Eugénie Grandet », AB 1995, p. 55).

[14]

Aquilina disait : « D’ailleurs nous vivons plus en un jour qu’une bonne bourgeoise en dix ans, et alors tout est jugé » (p. 116) ; Pauline dit : « Qu’importe le nombre de jours, si, dans une nuit, dans une heure, nous avons épuisé toute une vie de paix et d’amour ? » (p. 253).

[15]

G. Poncin-Bar, « Fragments d’un discours poétique dans La Peau de chagrin », dans Nouvelles lectures de « La Peau de chagrin », Actes du Colloque de l’École normale supérieure (20-21 janvier 1979), réunis et présentés par P..G. Castex, Clermont-Ferrand, Faculté des lettres, 1979, p. 29-41.

[16]

Brierre de Boismont aussi parle avec intérêt des « hallucinations par intoxication » dues au vin, ou encore au protoxyde d’azote, à l’opium, au haschisch..., les hallucinations « dans l’extase » faisant l’objet d’un autre chapitre (op. cit., chap. VII et XI).

[17]

G. Poncin-Bar, art. cité, p. 36.

[18]

Sur la question de la mélancolie, voir R. Klibansky, E. Panovsky, F. Saxl, Saturne et la mélancolie (1964) ; tr. fr., Paris, Gallimard, « Bibliothèque illustrée des histoires », 1989. Sur l’acédie en particulier, voir S. Wenzel, The Sin of sloth, The University of North Carolina Press, 1960 ; G. Agamben, Stanze (1977) ; tr. fr., Paris, Christian Bourgois éd., 1981 : « Les fantasmes d’Éros », p. 21-62 ; A. Larue, L’Autre Mélancolie. « Acedia » ou les chambres de l’esprit, Paris, Hermann, « Savoir-Lettres », 2001 (l’auteur valorise en l’acédie une attitude de résistance à la contrainte de l’esprit).

[19]

Voir J. Goldstein, Consoler et classifier. L’essor de la psychiatrie française (1987), Le Plessis-Robinson [tr. fr. Institut Synthélabo, « Les empêcheurs de penser en rond », 1997] : « L’articulation et la dénomination de la monomanie par Esquirol fut partie prenante de sa rénovation du système de classification des maladies mentales, projet qui allait occuper la psychiatrie française tout au long du XIXe siècle » (p. 214).

[20]

J. Goldstein, op. cit., p. 211. Il précise encore : « Esquirol possédait une vaste collection de moulages en plâtre de visages d’aliénés. »

[21]

J. Goldstein, op. cit., p. 215-216.

[22]

Si le talisman donne à Raphaël le même regard qu’il avait au début du roman, où il est tenté de se jeter dans la Seine et joue sa dernière pièce, c’est que la Peau a sur lui un effet similaire à celui que produit Fœdora, et qu’elle peut être, comme elle, tenue pour une image de la société.

[23]

« Toutes les jouissances de la vie se jouent autour de mon lit de mort et dansent comme de belles femmes devant moi ; si je les appelle, je meurs. Toujours la mort ! », dit Raphaël à Jonathas (p. 220).

1261 Mustang Femme Mustang 502 502 Femme Cigare 1261 qqf1PvT
[24]

A. Vanoncini parle des « sentiers poussiéreux du mythe rousseauiste » vers lesquels les médecins poussent Raphaël (Figures de la modernité. Essai d’épistémologie sur l’invention du discours balzacien, Paris, Corti, 1984, p. 163).

[25]

« Les énigmes sont aussi une espèce d’allégorie [...]. L’énigme est un discours qui ne fait point connaître l’objet à quoi il convient, et c’est cet objet qu’on propose à deviner » (C. Du Marsais, Traité des tropes [1730], Paris, Le Nouveau Commerce, 1977, p. 134).

[26]

R. Borderie, « Avant-propos » de L’Allégorie, La Lecture littéraire, n°4, Paris, Klincksieck, février 2000, p. 3-13. Ce n’est pas toutefois sur la résistance à l’interprétation allégorique du signifié de certains détails du portrait que je voudrais insister ici.

[27]

« Pour expliquer plus clairement ma pensée, il y avait en Fœdora deux femmes séparées par le buste peut-être ; l’une était froide, la tête seule semblait être amoureuse [...] » (p. 151).

[28]

J. Jallat, « Fœdora ou le corps de l’autre », dans Balzac et « La Peau de chagrin », op. cit., p. 143-160.

[29]

pepper Marron Escarpins Escarpins Marron Tamaris Femme Tamaris pepper Femme Marron Escarpins Femme Tamaris M. Gosselin parle de « transfiguration du corps » (« Le discours du corps et le texte du désir dans La Peau de chagrin », dans Nouvelles lectures de « La Peau de chagrin », op. cit., p. 72).

[30]

On lit au début du roman : « Le journalisme, vois-tu, c’est la religion des sociétés modernes, et il y a progrès. — Comment ? — Les pontifes ne sont pas tenus de croire, ni le peuple non plus... » (p. 93).

[31]

Son ami parle à Raphaël, au début du roman, d’un « banquier retiré qui, ne sachant que faire de son or, veut le changer en esprit » (p. 91) ; Fœdora déclare au héros qui lui annonce une triste et froide vieillesse : « J’aurai toujours de la fortune [...]. Eh bien, avec de l’or nous pouvons toujours créer autour de nous les sentiments qui sont nécessaires à notre bien-être » (p. 175).

[32]

Voir l’ « Introduction », par Philarète Chasles, aux Romans et contes philosophiques, Pl., t. X, p. 1188-1189 : « Rabelais, dans un autre temps, avait vu l’étrange effet de la pensée religieuse, qui, à force de pénétrer la société, achevait de la dissoudre. L’âme, divinisée par le christianisme, avait tout envahi. Le spiritualisme effaçait la matière. Le symbole, l’idéalisation régnaient sans partage ; pour un symbole, l’Occident s’était rué sur l’Orient. Il dominait la poésie, qu’il réduisait à l’état de fantôme, en multipliant les personnifications allégoriques, en bannissant de son domaine les êtres vivants, la chair et le sang humains. Rabelais s’arma d’un symbole pour faire la guerre au symbole » (p. 1188).

[33]

Déjà, l’ami que Raphaël rencontre en sortant de chez l’antiquaire réclame le droit de « passer une joyeuse vie à la Panurge » (p. 91) ; invitant Raphaël à participer aux « saturnales » organisées par Taillefer (p. 92), il déclare : « Nous allons faire, suivant l’expression de maître Alcofribas, un fameux tronçon de chiere lie [...] » (p. 94) ; et lors de la présentation de l’orgie, le narrateur commente : « Entre les tristes plaisanteries dites par ces enfants de la Révolution à la naissance d’un journal, et les propos tenus par de joyeux buveurs à la naissance de Gargantua, se trouvait tout l’abîme qui sépare le dix-neuvième siècle du seizième. Celui-ci apprêtait une destruction en riant, le nôtre riait au milieu des ruines » (p. 98-99).

[34]

Aux eaux d’Aix, Raphaël se trouve en butte à l’hostilité et à la malveillance des curistes : « Ce petit monde obéissait, sans le savoir peut-être, à la grande loi qui régit la haute société, dont la morale implacable se développa tout entière aux yeux de Raphaël ; un regard rétrograde lui en montra le type complet en Fœdora. Il ne devait pas rencontrer plus de sympathie pour ses maux chez celle-ci, que, pour ses misères de cœur, chez celle-là. [...] Le monde abhorre les douleurs et les infortunes, il les redoute à l’égal des contagions [...] ; Mort aux faibles ! est le vœu de cette espèce d’ordre équestre institué chez toutes les nations de la terre, car il s’élève partout des riches, et cette sentence est écrite au fond des cœurs pétris par l’opulence ou nourris par l’aristocratie » (p. 266). La narrateur poursuit si bien son propos de moraliste qu’il en cherche encore une illustration chez les enfants réunis dans un collège, puis chez les animaux (ibid.).

[35]

L. Rudich, « Une interprétation de La Peau de chagrin », AB 1971, p. 205-233.

[36]

Escarpins Escarpins pepper Marron Femme Tamaris Tamaris Tamaris Marron Escarpins Femme pepper Marron Femme La notion de pari peut nous renvoyer à Pascal, dont encore la méditation sur l’infiniment grand spatial est évoquée par la méditation sur l’infini temporel que le narrateur développe (p. 74-76).


Femme Agoolar Femme Agoolar Femme Agoolar Agoolar Femme ICF6Wqw Pages 199 - 219 Article suivant
Escarpins Tamaris Escarpins Femme Marron pepper pepper Tamaris Marron Escarpins Marron Tamaris Femme Femme 5fBqnwAxq Escarpins Tamaris Escarpins Femme Marron pepper pepper Tamaris Marron Escarpins Marron Tamaris Femme Femme 5fBqnwAxq Escarpins Tamaris Escarpins Femme Marron pepper pepper Tamaris Marron Escarpins Marron Tamaris Femme Femme 5fBqnwAxq Escarpins Tamaris Escarpins Femme Marron pepper pepper Tamaris Marron Escarpins Marron Tamaris Femme Femme 5fBqnwAxq Escarpins Tamaris Escarpins Femme Marron pepper pepper Tamaris Marron Escarpins Marron Tamaris Femme Femme 5fBqnwAxq Escarpins Tamaris Escarpins Femme Marron pepper pepper Tamaris Marron Escarpins Marron Tamaris Femme Femme 5fBqnwAxq
© 2010-2018 Cairn.info
Connexion en cours. Veuillez patienter...